Discussions Conceptuelles

Conceptions de la Démocratie : Minimalisme et Maximalisme

Selon Nona Mayer, autrice de Sociologie des Comportements Politiques (Armand Collin, 2010), « le terme évoque la Grèce Antique, et le gouvernement (kratos) du peuple (demos). Les citoyens réunis sur la place publique – à l’exception des femmes, mineurs, esclaves et étrangers – prennent les décisions en commun. Tel n’est pas le cas des démocraties contemporaines, issues des trois révolutions fondatrices, anglaise (1688), américaine (1776) et française (1789). Ce sont des démocraties représentatives, et ce mode de gouvernement s’oppose trait pour trait à la démocratie athénienne. »

Elle parle de deux conceptions de la démocratie :

Minimaliste

L’auteur le plus représentatif est Joseph Schumpeter (1942), qui parle de la démocratie comme une « lutte concurrentielle » pour les votes du peuple. Ce sont les héritiers du libéralisme du siècle XVIII et ils apparaissent dans le réexamen conceptuel sur la démocratie en même temps que les grands mouvements populaires :

« La montée des totalitarismes dans les années 1930, puis le contexte de la guerre froide et de l’anticommunisme renforcent la méfiance à l’égard des masses. Les premières enquêtes électorales menées aux États-Unis […] soulignent le faible niveau d’intérêt et d’information politique des catégories populaires, voire les penchants autoritaires et antidémocratiques. Nombre d’observateurs en concluent que la stabilité des régimes démocratiques s’accommode mieux d’une faible participation » (Mayer, 2010).

La deuxième vague de défenseurs d’une démocratie minimaliste vient avec les mouvements étudiants, pacifistes, féministes, etc. des années 60. Les élitistes considèrent cet « activisme de masses » vulnérable aux appels des démagogues. La troisième vague arrive entre les annéses 70-80 avec les phénomènes des « démocraties illibérales » (qui cachent des systèmes autoritaires sous les procédures de la démocratie électorale), des « tyrannies des minorités » et la prolifération des groupes d’intérêts, phénomènes face auxquels les experts préfèrent octroyer le pouvoir à « des institutions non élues, « fondées sur l’expertise ».

Finalement, dans ce courant, l’autrice mentionne la thèse « provocatrice » de John Hibbing et Elizabeth Teiss-Morse (2002) de la « Démocratie furtive », selon laquelle « il suffit de savoir qu’il peut se faire entendre et faire réagir le gouvernement si les circonstances l’imposent ». Dans d’autres cas moins extrêmes, le grand public préfère déléguer aux élites.

Maximaliste

Défendue par la gauche, se basent sur les idéaux participatif et délibératif. Le premier argumente que tout individu a les qualités pour participer au pouvoir où, selon les mots de Lénine, que « chaque cuisinière doit pouvoir gouverner l’État ». Cette « démocratie forte » fonctionne comme un cercle vertueux, « elle a une vertu éducative, elle développe les aptitudes à gouverner et le civisme, elle élargit l’horizon intellectuel, elle donne confiance et elle libère ».

Le deuxième, l’idéal délibératif, se revendique à partir des années 80, et en France son pionnier est Bernard Manin (1985). L’autrice définisse la démocratie délibérative comme la « confrontation libre et publique d’arguments justifiées, entre individus doués de raison sur un pied d’égalité, dans le respect mutuel, permettant de parvenir à un consensus sur la définition de l’intérêt général et du bien commun. Quelle que soit la procédure mise en œuvre […], la délibération se conçoit en opposition à la conception « agrégative » de la démocratie libérale. Ce n’est plus l’élection du principe majoritaire que procède la légitimité d’une décision, mais du processus délibératif même ».

L’autrice souligne que les idéaux maximalistes de démocratie participative et délibérative ne sont pas synonymes et dans certains cas peuvent devenir antonymes. Cela se produit car la délibération se concentre sur la qualité du débat, et la participation sur la quantité de débatteurs.

Critique féministe

Il faut toujours souligner l’inégalité de genre dans cette discussion conceptuelle de la démocratie. L’autrice, Nonna Mayer, ne l’oublie pas et dédie une page à la féministe du système démocratique, partant de la « Déclaration des Droits de la femme et de la citoyenne » d’Olympe de Gauges (1791), passant par la vague féministe pré-guerre pour le suffrage universel, celle de 1960 pour les inégalités du travail, pour arriver aux luttes centrés sur le droit au corps de 1970-80. Résumé en trois lignes :

« Le cœur de la critique est que la démocratie libérale a été conçue et mise en œuvre par des hommes, dans leur langage et à leur rythme, elle n’a pas pensé aux femmes ».

L’autrice nous parle aussi des procédures minimales des démocraties occidentales de Robert Dahl, sujet d’autre publication dans le blog.

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